Les mécanismes de la désertification

Un jeune enfant de Hongsibao, réfugié de la désertification

INTRODUCTION

La convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) a estimé que 41,2 % des terres émergées sont actuellement classifiées comme désertes ou dites terres sèches. À l’échelle planétaire, environ un quart de la terre en surface serait en constante dégradation[1]. La désertification n’épargne aucun continent et nous concerne donc tous, directement ou non.

Souvent, à tort, le mot désertification est assimilé à une avancée naturelle du désert justifiée par le réchauffement climatique. Notamment l’extension du désert du Sahara vers le Nord, atteignant les pays sud-européens. Nous allons donc solidement définir les termes qui seront employés avec récurrence au cours de cette synthèse afin d’éviter les confusions.

L’UNCCD, considérée comme la première organisation internationale destinée à combattre ce problème social et environnemental décrit le processus de la manière suivante :

Le terme « désertification » désigne la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines.[2]

Nous remarquons donc que l’homme est en partie responsable de la désertification, et que ce terme est souvent confondu avec le phénomène suivant:

Le terme « sécheresse » désigne le phénomène naturel qui se produit lorsque les précipitations ont été sensiblement inférieures aux niveaux normalement enregistrés et qui entraîne de graves déséquilibres hydrologiques préjudiciables aux systèmes de production des ressources en terres.[3]

De ce fait, notre démarche consistera à répondre aux questions suivantes : comment peut-on expliquer le phénomène de désertification? Et quelles en sont les conséquences selon les contextes?

Nous nous intéresserons dans un premier temps aux différentes causes établies du fait observé, qu’elles soient naturelles ou humaines. En second lieu nous aborderons les particularités du processus selon les régions. Pour finalement justifier l’importance, parfois sous-estimée, d’une lutte contre la désertification, à toutes les échelles.

LA DÉGRADATION DES TERRES

Les Nations Unies emploient le terme de dégradations des terres dans l’explication du processus :

L’expression « dégradation des terres » qui désigne la diminution ou la disparition, dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, de la productivité biologique ou économique et de la complexité des terres cultivées non irriguées, des terres cultivées irriguées, des parcours, des pâturages, des forêts ou des surfaces boisées du fait de l’utilisation des terres ou d’un ou de plusieurs phénomènes, notamment de phénomènes dus à l’activité de l’homme et à ses modes de peuplement, tels que : l’érosion des sols causée par le vent ou l’eau, la détérioration des propriétés physiques, chimiques et biologiques ou économiques des sols et la disparition à long terme de la végétation naturelle.

Nous savons grâce à certaines traces humaines anciennes que des zones, actuellement occupées par le désert du Sahara, étaient encore humides il y a environ 2000 ans. Ces zones humides étaient donc riches en faune.[4]

  • Le Sahara pourrait-il avoir été créé par l’homme ?

Ces peintures rupestres sont l’une des différentes raisons qui ont poussé certains analystes à examiner le lit du fleuve Congo, en extrayant des carottes sédimentaires. Cette méthode permet de retracer les climats traversés par la région centrafricaine pendant environ 40 000 ans.[5]

Durant plus de 35 000 ans, les relevés illustrent un couplage logique entre érosion, intensité des intempéries et humidité ou assèchement. La zone a ainsi connu successivement des périodes plus ou moins arides et étonnamment une période appelée le « grand humide » il y a environ 10 000 ans.

En arrivant aux environs de l’an 1000 avant J.C, les études montrent cette fois un découplage entre les facteurs naturels de sécheresse, et la dégradation des terres.  En cette période, le climat semble ne pas avoir été l’unique responsable de la désertification.

  • La combinaison de facteurs favorables

Les scientifiques ne peuvent pas avancer avec certitude une implication humaine[6], mais nombreux avancent la thèse d’une combinaison de facteurs favorables[7]. Il est prouvé que le climat connaît des cycles de réchauffement et d’autres de refroidissement. Le découplage pourrait donc être expliqué par la culture et la déforestation par écobuage et brûlis. Les techniques sont similaires, la première consiste en un défrichage permettant de laisser sécher les végétaux, que l’on va ensuite brûler pour fertiliser les terres, la seconde revient directement à bruler la végétation présente pour libérer de l’espace sur des terres humides et fertiles.

Des études récentes prouvent que les espaces cultivés ne retiennent pas autant l’humidité que la végétation naturelle, plus enracinée, qui permet à la terre d’accumuler des sédiments et de garder en fertilité. La terre est alors plus exposée aux aléas climatiques, à la chaleur, à l’érosion conduisant à une rapide dégradation. L’irrigation conduit également à l’accélération de la salinisation.

Ce pourrait donc être la culture entreprise par les Bantous qui aurait conduit à une exposition des sols. L’incapacité de retenir l’humidité, couplée à un cycle de réchauffement climatique, aurait donc pu expliquer cette forte dégradation des terres, et la surface actuelle du désert du Sahara.

Néanmoins la véridicité de cette thèse n’est pas partagée par toute la communauté scientifique. Bien que l’implication humaine dans l’histoire antique ne soit pas certaine, les causes contemporaines sont plus facilement vérifiables.

LES CAUSES CONTEMPORAINES DE LA DÉSERTIFICATION

  • La désertification aujourd’hui

De nos jours, l’implication humaine est irréfutable.

La désertification est causée par une combinaison de facteurs qui évoluent dans le temps et varient selon le lieu. Ceux-ci comprennent des facteurs indirects, tels que les facteurs socio-économiques et politiques, la pression démographique et le commerce international, ainsi que des facteurs directs, comme les modèles et pratiques d’utilisation des sols et certains processus liés au climat.[8]

La désertification accuse ainsi les exploitants qui utilisent des techniques de culture non durables, par opposition à la jachère par exemple. Ces pratiques, peut-être plus productives à très court terme, conduisent toutefois à une dégradation continuelle des sols et une diminution de la qualité et de la quantité des récoltes du fait de l’appauvrissement constant de la terre.

Les différents facteurs économiques et démographiques contraignent parfois les habitants à exacerber ces situations. En effet, les terres sèches et menacées de désertification comptent une population conséquente, mais confrontée à au dilemme de la survie à court terme. Dans les pays d’Afrique subsaharienne par exemple, qui sont les plus touchés par le phénomène, les habitants pratiquent le surpâturage. La taille des élevages n’est pas modérée, le bétail mange donc toute la végétation présente. Cette dernière n’est pas replantée ni épargnée cycliquement. Les sols se retrouvent donc déprotégés et exposés à l’érosion et à l’appauvrissement comme vu précédemment. On retrouve ce qu’on appelle un cercle vicieux.

Zones menacées naturellement de désertification
Zones menacées naturellement de désertification
  • Zones touchées, contexte et rythme de désertification

La carte suivante illustre les zones menacées de désertification. Une première expose les climats, parmi lesquels, les extrêmement arides sont représentés en gris, à l’exclusion des pôles. À leur périphérie se retrouvent les zones arides, puis semi-arides, ici en rouge, puis subhumides en orange voir jaune. Les zones vertes et bleues quant à elles représentent les zones humides ou froides et sont donc, pour le moment, épargnées par le phénomène.

Il serait pertinent de la fusionner avec une carte économique, puis probablement une carte des forêts. Les facteurs humains sont ignorés sur cette carte. Nous remarquons que les zones grises les plus imposantes, considérées comme sèches, sont en résumé, le Sahara, l’Asie centrale, et les alentours du Tibet, sur le pourtour du désert de Gobi.

L’inclusion du facteur économique montrerait que ces zones sont généralement victimes de sous-développement et frappées par la pauvreté. Les populations se retrouvent contraintes au surpâturage et à l’agriculture continue sous réserve de satisfaire leurs besoins primaires, à savoir manger. Le rythme de désertification en serait alors accru, combiné à un appauvrissement des sols, qui ne ferait qu’empire la situation. D’autres populations choisissent alternativement de migrer vers d’autres zones plus fertiles, plus urbanisées. Ces flux migratoires, dont les populations sont surnommées « réfugiés climatiques » concernent aussi les populations menacées par la montée des eaux, le réchauffement plus généralement, et  sont de plus en plus nombreux.

CONCLUSION

La désertification se résume à la dégradation des terres, conduisant à une disparition de la végétation à sa surface. Les zones les plus menacées par le phénomène sont en grande partie dans une situation économique défavorable, poussant à accélérer le processus. Le caractère alarmant de ce processus a été notifié aux grandes institutions internationales. Il est intéressant de se pencher sur les différents moyens mis en œuvre pour lutte contre ce problème. En Afrique par exemple, qui est considérée comme la zone la plus menacée du fait de la combinaison des facteurs, la lutte contre la désertification montre un désir d’unification des efforts, de sensibilisation et l’émergence de méthodes parfois « low-tech » et efficaces. Tout doit être mis en œuvre pour inverser la tendance et entrer dans un cercle vertueux, qui pourra permettre à ces pays de répondre à leurs besoins physiologiques.

Les mécanismes de la désertification

La désertification est donc une question de premier ordre dans notre société contemporaine, évidemment corrélée à la sphère géopolitique.

POUR ALLER PLUS LOIN

Ces différents sites/documents sont très complets et permettront de mieux comprendre la question de la lutte contre la désertification, ses enjeux, son institutionnalisation, etc…

— http://www.unccd.int/en/Pages/default.aspx

— http://www.greenfacts.org/fr/desertification/

— http://www.millenniumassessment.org/documents/document.797.aspx.pdf

http://www.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2010-2-page-42.htm

http://www.csf-desertification.org/combattre-la-desertification/item/desertification-degradation-des-terres

http://hommesmigrations.revues.org/1239

— http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sertification

Webographie/Bibliographie

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